Jessica. - La Folle qui court
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Jessica.

Jessica.

Jessica est une femme qui déstabilise par son énorme sourire. Lorsqu’on rencontre ce petit brin de femme énergique et si joviale, on est loin de se douter qu’elle avait pratiquement perdu la joie de vivre au cours des dernières années.

Il y a quelques semaines, je me suis assise avec cette franco-canadienne de 39 ans, le temps d’un café. Son histoire m’a touchée. J’arrête pas de dire que je cours pour être moins folle… c’est la même même chose pour elle. Pas surprenant qu’on se soit si bien entendues ! Son histoire ? Je la laisse vous raconter…

Les paroles de Jessica.

En 2016, j’ai sombré dans la dépression : fatigue excessive, tristesse quasi-permanente, perte d’intérêt et de plaisir pour toute activité, sensation de culpabilité inappropriée.

Nous habitions à ce moment-là à 45 kilomètres de Québec, à Pont-Rouge et il faut savoir que je ne conduis pas. C’est mon conjoint qui nous déplace. Toute l’année, je vis sur pilote automatique, le fameux métro/boulot/dodo. 7 h dépose mon garçon à la garderie. 1h heure de trajet dans le trafic pour se rendre à Québec. 8h dépose ma fille aînée à l’école en sports-études. 8h15 dépose ma 2e fille encore au primaire en concentration gymnastique. 9h arrive au travail situé dans le Vieux-Québec. Et le soir, sens inverse et on rentre à la maison à 18h30, puis, vite, vite, vite, bien hâte de terminer ma journée.

Ouf rien qu’à en parler, je suis déjà épuisée!

Un an plus tard la fatigue se fait grandement ressentir ce qui me met en mode isolement de mes collègues. Je fais une petite sieste sur l’heure du midi et le travail ne m’intéresse plus. Je sens qu’il me manque d’interactions avec les gens et le fait de toujours restée assise me rend rapidement sédentaire, malgré moi. Rien ne va plus.

Pour pallier à cette situation, j’emménage avec mes 2 filles à Québec, afin d’avoir un pied à terre, proche de l’école et de mon travail. Mais progressivement cette situation rend inconfortable mes filles et les rendent bien tristes de ne plus être à la maison avec leur papa et leur petit frère qui se lève le matin en ouvrant la porte et qui dit « Bonjour c’est le matin!!! ». Moi aussi cela m’a affectée plus que je ne l’aurais pensé par la même occasion. À tel point que, bien malgré moi, j’ai failli perdre mon mari et mes enfants. Un jour, mon mari me demande, inquiet, si je l’aime encore… je n’ai pas été capable de lui répondre. Et pourtant!? Dieu sait que je l’aime tellement! Alors pourquoi n’ai-je pas réussi à lui répondre?

La situation et les symptômes m’ont menée à consulter un médecin. Elle me met en arrêt de travail pour dépression. J’avoue que sur le coup je ne la croyais pas vraiment. J’étais en fait dans le déni. Je pensais vraiment que c’était juste un down saisonnier. Mais non. En plus des médicaments, elle me prescrit une ordonnance inusitée : marcher 30 minutes par jour. Je dis au médecin : « Pas de problème, ce sera facile pour moi de marcher 30 minutes ». Le lendemain, je m’aperçois que non. 10 minutes seulement était un vrai supplice : zéro motivation et en plus je pleure même en marchant. Je partais de loin…

Un pas à la fois et à force de persévérance, je ne marche plus aujourd’hui, je cours!

La marche/course m’a redonné progressivement de l’énergie, de l’estime de moi et de la confiance en moi. J’étais fière de réussir à marcher mes 30 minutes et par la suite de réintégrer ma passion : la course. Quelle progression!

Aujourd’hui, 2 ans plus tard, Jessica a retrouvé le sourire. Travaillant aux ressources humaines du Ministère du Travail, de l’Emploi et la Solidarité sociale, elle voit passer régulièrement des arrêts de maladie et en majorité, devinez pour quelles raisons? Pour dépression, burn-out. C’est si triste ! C’est donc dire que pour une majorité, nous ne prenons pas assez soin de nous, nous ne prenons pas le temps pour nous.

Le défi de sa vie

À compter du lundi 20 mai 2019, elle relèvera le Grand Défi Tetrotop qui consiste à courir 1 117 km en 26 jours avec une moyenne d’un marathon par jour. Ça m’impressionne tellement ! Elle partira donc de Québec pour se rendre à Halifax. La seconde partie de son défi se fera en France, son pays natal, où elle va courir de Paris à Chartres. Son but ? Sensibiliser les gens aux problématiques de santé mentale.

Pourquoi en faire autant ?

C’est une question qui me trottait dans la tête puisque je me disais qu’elle aurait très bien pu courir une distance beaucoup moins grande, par exemple, un « simple » marathon(on s’entend que simple est utilisé uniquement dans son cas) et passer le même message. Sa réponse m’a charmée.

« Je dirais tout simplement que c’est un défi qui me ressemble. J’en suis arrivée là dans ma vie. Avant, j’aimais courir des 5 et des 10 km pour courir vite, aujourd’hui je me suis découvert une passion pour les longues distances. Quand je cours longtemps, je suis en mode méditation pleine conscience, je prends le temps de me connecter à mon environnement, à écouter les oiseaux qui chantent, à sentir la chaleur du soleil sur mon visage et même prendre le temps de dire bonjour aux coureurs que je croise. Wouah, quel moment magique je vis chaque jour grâce à la course ».

Ai-je besoin de vous dire que je me retrouve énormément dans le discours de Jessica ? Cette femme de cœur a décidé que son histoire allait servir à quelque chose. Qu’elle allait la mettre de l’avant pour aider des personnes qui vivent malheureusement ce qu’elle a vécu. Elle souhaite contribuer à un monde meilleur.

Alors qu’elle est probablement en train de s’entraîner avec ses enfants et son merveilleux mari à l’heure qu’il est, moi je vous la présente. Jessica m’a inspirée. C’est terrible que réaliser que même les personnes les plus positives et souriantes du monde ne sont pas à l’abri des problèmes de santé mentale. Personne n’est à l’abri. Jessica a choisi d’en parler. C’est admirable.

BRAVO Jessica ! 

 

*** Concernant le défi Tetrotp ***

En plus de sensibiliser les gens aux problématiques de santé mentale, La Fondation du Grand Défi Tetrotop s’engage à recueillir la somme de 50 000 $ qui sera remise à la Fondation CERVO. Sa mission : offrir aux personnes touchées par une maladie neurologique ou mentale ou une dépression un espoir de guérison grâce à l’intervention en recherche et à des soins à la fine pointe à l’enseignement.

Comment contribuer?

Jessica vous invite à la faire courir en commanditant chacun de ses kilomètres au coût de 25$. Elle fera parvenir une photo aux donateurs pendant son parcours. Pour plus de renseignements : www.tetrotop.com