Le pacer. - La Folle qui court
405
post-template-default,single,single-post,postid-405,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,qode-child-theme-ver-1.0.0,qode-theme-ver-16.5,qode-theme-bridge,disabled_footer_bottom,wpb-js-composer js-comp-ver-5.4.7,vc_responsive

Le pacer.

J’ai été témoin d’un beau beau beau moment.

Un moment de complicité, de fraternité et de plaisir. Un moment qui, à première vue, peut sembler banal ou courant dans le domaine de la course de trail, mais qui m’a tellement émue… Bon. Je sais que je suis assurément la fille la plus facile à émouvoir de la terre(j’exagère à peine), mais je suis convaincue que je ne suis pas la seule à tremblotter du menton quand je vois un coureur et son pacer passer la ligne d’arrivée après un ultra trail.

Parenthèse. Généralement, quand on parle d’un ultra trail, on parle d’une course de trail(sentier/montagne) dont la distance dépasse celle d’un marathon, soit, 42,2km. Les distances des ultras peuvent être très variées, allant de 50 à 160 km et même plus. Fin de la parenthèse.

Ouf ! Juste en l’écrivant, ça me fait capoter et ça m’impressionne de savoir qu’on peut se rendre à de telles distances. En fait, je ne comprends toujours pas comment c’est physiquement possible. Mais je l’ai vu et je confirme que ce l’est ! Et pour certaines de ces longues distances, dépendamment de l’événement, on permet au coureur, à partir d’un certain nombre de kilomètres parcourus, d’avoir, ce qu’on appelle, un « pacer ». Un quoi ?!

C’est là que je vous transporte dans mon histoire… non pas la mienne. Celle de mon ami Christian… que je vais appeler Christian B, pour les besoins de la cause. Vous comprendrez plus tard.

Christian B. a participé à l’événement Bromont Ultra, au début du mois d’octobre. Parenthèse. La région de l’Estrie, en automne, WTF !!? Les couleurs, les champs, les montagnes… c’est MA-GNI-FI-QUE ! Fin de la parenthèse. En tant que coureur du 80 km, Christian B. avait droit à un pacer à partir du 65e kilomètre. En gros, il avait la possibilité de compléter les 15 derniers kilomètres de la course avec une personne de son choix. C’est son ami Christian L. qui a accepté de l’accompagner.

Personnellement, dans cette histoire, j’agissais à titre de support moral des deux Christian. Et en tant que néophyte du trail, je me suis longuement questionnée sur la raison d’être du pacer. Il sert à quoi, en fait ? Mettons que j’ai eu mes réponses assez rapidement… je poursuis mon récit.

Christian L. et moi devions attendre Christian B. au point de ravitaillement du 65e km, l’endroit où le pacer débutait son mendat. Christian B. est arrivé tout sourire quelques minutes après notre arrivée. À ma grande surprise, c’est un Christian sans filtre et un peu décousu auquel on a eu droit. Dans l’ordre et sans pause, ses paroles ont à peu près sonné ainsi : « Aaaaah ! Ça va bien ! Je pensais avoir froid, mais là ça va. Bon. Faut que j’mange(il prend du melon). Beurp ! (il rote) Ouf. J’ai mal au cœur. Ok je vais remplir mes bouteilles d’eau et on va être prêt à repartir. Salut Christian ! T’es prêt ? As-tu mon Redbull ? Faut que j’aille pisser ».

Mes yeux de biche égarée parlaient d’eux-mêmes. Je ne comprenais pas très bien la situation, mais en même temps j’avais tellement le goût de rire ! C’était solidement drôle de le voir aussi désordonné. Disons que les fonctions cognitives n’étaient plus à leur top. Christian L. m’a regardée en me disant : « Attends-nous au fil d’arrivée. Je vais m’occuper de lui ». High five entre les 2 gars et ils étaient repartis.

 

C’est là que j’ai compris.

J’ai compris qu’un pacer, c’est un immense atout pour un ultra trailer. Un pacer, ça le dit, c’est celui qui va te faire garder le pace jusqu’à la fin de ta course. C’est celui qui t’emmène avec lui jusqu’au bout. Un pacer, c’est aussi celui qui va prendre soin de toi si tu te blesses. Celui qui va te nourrir, t’abreuver, te couvrir si t’as froid. Le pacer devient le cerveau de ta course. Grâce à lui, tu peux décrocher de ta tête et uniquement te concentrer sur tes dernières foulées. Un pacer, c’est celui qui va t’écouter te plaindre et qui va t’encourager. Un pacer, c’est celui qui va te dire les bons mots quand tu voudras abandonner ta course. C’est celui en qui tu mets toute ta confiance. Celui sur qui tu peux te reposer, te référer. Un pacer, c’est surtout celui qui va te serrer dans ses bras à la fin de ta course. C’est également celui qui va vivre ton rush d’émotions avec toi (parce qu’après un ultra, tout coureur devient hyper émotif), sans te juger. Un pacer, c’est celui qui va te ramener chez vous après ta course parce que tu marches comme un canard avec un tour de rein. Un pacer, c’est précieux. Un pacer, c’est un ami.

Même dans la vie ! On devrait tous avoir un pacer… que ce soit pour un 15 km de moments toughs à vivre ou quand on est sur le point de tout sacrer là. Ceci dit, j’me sens privilégiée d’avoir été témoin de cette belle complicité entre Christian B. et Christian L… c’était beau de vous voir,