Ce petit geste de rien. - La Folle qui court
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Ce petit geste de rien.

C’est un samedi de juillet. Il y a quatre ans. Ça fait à peine quelques mois que je me suis mise à courir. J’ai mon programme d’entraînement que je suis à la lettre via une application de course à pied. Je m’améliore rapidement et c’est franchement motivant. Très motivant. Mais quand t’es rendu à ta cinquième sortie de la semaine et que c’est une séance d’intervalles de prévue… mettons qu’il faut parfois gratter les fonds de tiroirs à la recherche de motivation.

Je décide de sortir en matinée avant que la chaleur ne soit trop intense. Il vente. C’est impressionnant comme il vente. Je déteste le vent. Mais je sors quand même. Je préfère mille fois plus le feeling à mon retour d’entraînement que celui d’être restée écrasée chez moi à ne rien faire.

Je cours sur la route 138, tout près de chez moi. C’est une route que j’aime beaucoup, puisqu’elle est sans fin et surtout pratique lorsque je fais de longues sorties. Je suis en p’tit jog entre deux périodes d’intervalles. Je souffle de plus en plus. Il faut dire que j’en ai plus de fait dans ma séance que ce qu’il me reste. L’énorme côte de mon parcours se dresse devant moi et je sais que ce n’est qu’une question de secondes avant que le signal sonore dans mes écouteurs ne retentisse. Signe de reprendre mon intensité. Dans la pente montante. OUCH. Je sais déjà que ça va faire mal. À bloc dans une côte… oui, oui, c’est payant. Mais le faire, c’est pas toujours la joie. Pas très souvent, en fait.

Je m’élance. Allez Jo, tu vas être fière de toi après ça. Concentre-toi. Relaxe tes épaules. Calme ta respiration. CIBOLE. C’est difficile. Mon visage est très honnête : j’ai l’expression d’un bébé qui croque dans un citron pour la première fois. Mignon, sur un bébé. Mais pas sur moi. J’te jure ! Je pense abandonner avant la fin de l’intensité.

Je lève la tête pour constater que la côte semble encore tellement longue devant moi… et pour m’apercevoir que je m’apprête à croiser un groupe de cyclistes. L’orgueil me pousse à ne pas faire paraître que je rush. Pauvre moi ! C’était tellement inutile. Quiconque me croise pendant que je suis en train de monter cette pente inclinée à la course ne peut pas se dire que ça doit être facile… Bref, je me suis trouvée un peu nounoune après coup.

Je croise donc lesdits cyclistes. Ils passent comme l’éclair devant moi, en pleine descente. Ils étaient cinq ou six, il me semble. Peu importe. C’est le dernier d’entre eux que je n’oublierai jamais. Un homme. Disons fin de la cinquantaine. Au moment où nos regards se croisent, il me frappe d’un énorme sourire et d’un signe du pouce.

Je suis surprise. Désarmée. Je continue de courir, mais curieusement, c’est facile. J’ai un surplus d’énergie. C’est comme… je ne saurais dire. C’est… BEAU ! Je me rends compte que je souris. Comme une niaiseuse. Bin voyons ! C’est quoi cette euphorie tout d’un coup ?! WOW ! Je n’avais encore jamais vécu ça. Le signal sonore m’indique que mon intervalle est terminé. J’ai tout donné. Je décide de marcher cette fois-ci.

Je me retourne. Les cyclistes sont déjà bien loin derrière. Je ne reverrai peut-être jamais cet homme de ma vie. En fait je ne saurais pas le reconnaître si ça arrivait. Un bref moment. Une fraction de seconde. Un geste rapide. Un geste simple. Qui ne coûte rien et qui ne demande pas beaucoup d’énergie. Mais qui fait toute la différence.

Amis coureurs, je vous lance ce défi pour la nouvelle saison : à chaque fois que vous croisez un de vos comparses de course à pied ou encore un cycliste, ou n’importe quel sportif sur votre route, saluez-le. Un geste de la tête. Un simple « salut ». Un signe de la main. Un beau sourire. Vous n’avez aucune idée dans quel état d’esprit peut se trouver cette personne… mais sachez que cette petite petite attention peut changer complètement la donne…